Mythe : "Il faut arroser tous les jours en été"

Arroser quotidiennement en été est presque toujours contre-productif : ce que disent l'INRAE, l'évapotranspiration et les bons rythmes par type de plante.

Claire Deloffre

Par Claire Deloffre

Nous suivre sur Google

"Il faut arroser tous les jours en été." On entend la phrase au pied des étals de jardinerie, dans les conversations de voisinage, et même dans certains guides papier qui n'ont pas été remis à jour. Voici ce que disent vraiment l'agronomie et les recherches récentes sur la conduite hydrique des plantes en saison chaude.

Verdict en une phrase : arroser tous les jours est presque toujours contre-productif, pour la plante comme pour la facture d'eau. Le bon rythme dépend du sol, du paillage, de l'espèce et de la profondeur racinaire, jamais de la date.

Ce qui est vrai

Quelques cas particuliers justifient effectivement un arrosage quotidien, mais ils sont l'exception et durent rarement plus d'une semaine.

  • Semis et jeunes repiquages, les 7 à 10 premiers jours. Un système racinaire en formation est sur les 3 premiers cm du sol, qui sèchent en quelques heures par 30 °C. Petit volume mais quotidien jusqu'à enracinement.
  • Pots de moins de 5 litres en plein soleil. La masse de terre est trop faible pour stocker l'eau plus de 24 h par 32 °C. Privilégier le rempotage en plus grand volume plutôt que l'arrosage quotidien.
  • Légumes feuilles en pleine production (laitues, blettes, épinards) qui demandent un sol humide en surface en permanence. Encore mieux : une voile d'ombrage qui réduit la demande de moitié.

Ce qui est faux

Pour la quasi-totalité des plantes en pleine terre, arroser tous les jours pose trois problèmes documentés.

  • Racines paresseuses. Quand l'eau arrive en surface chaque soir, les racines ne descendent jamais. Elles restent dans les 10 premiers cm, là où elles cuiront à la prochaine journée à 38 °C. Selon les essais conduits par l'INRAE sur la conduite hydrique, un arrosage profond hebdomadaire produit un système racinaire 2 à 3 fois plus profond qu'un arrosage quotidien superficiel.
  • Évaporation directe. Un arrosage à 19 h sur sol chaud à 35 °C perd 40 à 60 % à l'évaporation immédiate, avant même que l'eau atteigne les racines. Voir Wikipedia sur l'évapotranspiration. Mieux vaut arroser plus tôt (6-8 h) ou plus tard (22 h+), et plus profond, plus rarement.
  • Maladies fongiques : un sol mouillé en permanence favorise pourriture racinaire (Pythium, Phytophthora) et oïdium sur le feuillage humidifié quotidiennement. La règle : laisser sécher entre deux arrosages, sauf pour les semis.

Le bon rythme par type de plante

  • Massif de vivaces établies : 1 arrosage profond (30 l/m²) tous les 7 à 10 jours, en alternance avec un paillage de 8 cm.
  • Légumes-fruits (tomate, courgette, aubergine) : 2 arrosages par semaine, profonds et au pied, jamais sur le feuillage.
  • Arbustes établis (rosiers, hortensias) : 1 arrosage tous les 10 à 15 jours, sauf canicule prolongée.
  • Pelouse classique : tous les 7 jours en juin, 30 minutes d'arrosage profond suffisent. Tondre haut (6-7 cm) limite l'évaporation.
  • Plantes méditerranéennes établies (lavande, romarin, thym, sauge) : 0 arrosage, sauf 1 bassinage en cas de canicule >7 jours. Tout le reste les fragilise.

Verdict

Mythe à reléguer définitivement. Arroser profond et rarement produit des plantes plus résistantes, économise 30 à 50 % d'eau, et limite les maladies. La seule exception légitime, c'est la phase de reprise après plantation et les pots trop petits pour leur exposition. Pour les espèces qui demandent justement très peu d'arrosage, voir notre sélection pour balcon plein soleil.

Pour les techniques de paillage qui réduisent les besoins, voir aussi le guide ADEME "Jardiner au naturel", qui consacre un chapitre entier à la conduite hydrique économe et synthétise les recommandations actuelles pour le jardinier amateur.