Plantes dépolluantes : ce que disent vraiment les études
L'étude NASA de 1989 a lancé le mythe des plantes dépolluantes. Que disent vraiment les recherches récentes en conditions réelles ? Point honnête et sourcé.
Depuis quarante ans, on répète que les plantes d'intérieur purifient l'air. L'argument s'appuie presque toujours sur la même source : une étude de la NASA publiée en 1989, qui aurait démontré que certaines plantes absorbent benzène, formaldéhyde et trichloréthylène. De là, magazines déco et jardineries ont tiré des listes de plantes « anti-pollution » qui ornent aujourd'hui chaque salon.
Le problème : les auteurs eux-mêmes disent aujourd'hui que cette étude ne se transpose pas à une pièce d'appartement. Et les recherches récentes, menées en conditions réalistes, sont claires, pour obtenir l'effet observé par la NASA, il faudrait remplir une pièce de centaines de plantes.
Cet article fait le point sur ce que montrent vraiment les études, les plantes qui ont un effet mesurable (ou non), et ce qui marche réellement pour améliorer l'air intérieur.
D'où vient le mythe des plantes dépolluantes ?
L'origine est précise : 1989, Stennis Space Center de la NASA, Mississippi. Le chercheur B. C. Wolverton pilote une étude pour déterminer si des plantes pourraient aider à filtrer l'air d'une future station spatiale habitée. Les résultats, publiés sous le titre Interior Landscape Plants for Indoor Air Pollution Abatement, circulent dans les cercles scientifiques puis percent auprès du grand public via le livre How to Grow Fresh Air (Wolverton, 1997).
À partir des années 2000, les magazines déco recyclent l'étude sous forme de listes illustrées : « 10 plantes qui purifient l'air », « Les champions de la dépollution ». L'argument s'installe. Plus récemment, TikTok et Instagram ont remis le sujet en tête des tendances plantes, sans jamais citer les études récentes qui contredisent la lecture simpliste.
Que disait vraiment l'étude NASA de 1989 ?
Les conditions expérimentales sont essentielles à comprendre. Wolverton place des plantes dans des chambres hermétiques de 1,83 m³, soit la taille d'un petit placard. Il injecte ensuite des polluants (benzène, formaldéhyde, trichloréthylène) en concentrations élevées, et mesure leur disparition sur 24 heures.
Les plantes testées, philodendron, spathiphyllum, sansevieria, ficus, dracaena, réduisent en effet la concentration de ces polluants de 10 à 70 %. Le chiffre impressionne. Mais l'étude précise un point que les reprises grand public oublient systématiquement : ce résultat n'est valable que dans une chambre hermétique saturée en polluants, sans aucun renouvellement d'air.
Wolverton lui-même, dans son livre de 1997, recommande « 15 à 18 plantes en pots de 15-20 cm de diamètre » pour un logement de 170 m². Une densité qu'aucun salon normal n'atteint. Et encore : dans une pièce réelle, l'air se renouvelle en permanence via les aérations et les fuites, ce que la chambre hermétique ne simulait pas.
Ce que disent les études plus récentes
Trente ans après l'étude NASA, plusieurs équipes ont remis le sujet à l'épreuve des conditions réelles. Le résultat le plus marquant vient d'une méta-analyse publiée en 2019 par Michael Waring et Bryan Cummings, de l'université Drexel, dans le Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology.
Les auteurs ont compilé 12 études publiées entre 1989 et 2018, recalculé les capacités d'absorption par unité de volume, et comparé le résultat à celui d'une aération classique. Leur conclusion est sans ambiguïté : « l'effet des plantes sur les COV intérieurs est négligeable par rapport au taux de renouvellement d'air d'un bâtiment standard ». En chiffres : il faudrait 10 à 1 000 plantes par m² pour égaler l'effet d'une simple ouverture de fenêtre.
D'autres travaux confirment. Dans un bureau réel de 30 m³, une plante en pot réduit la concentration de formaldéhyde d'environ 0,2 % par heure. Le renouvellement d'air d'un bureau ventilé normalement est de 30 à 50 % par heure. Le calcul est vite fait.
Alors, vrai ou faux ? La réponse nuancée
Ni totalement vrai, ni totalement faux. En laboratoire hermétique, oui, certaines plantes absorbent des COV. Dans un appartement normalement aéré, l'effet est trop faible pour être perceptible ou mesurable sur la santé.
Les plantes dites « dépolluantes », sansevieria, pothos, spathiphyllum, chlorophytum, ont bien les capacités décrites en 1989. Ce sont les conditions d'application qui ne tiennent pas. On ne gagne pas un air plus sain en ajoutant trois plantes dans un salon ; on gagne une ambiance plus agréable, ce qui est un bénéfice différent.
Ce qui marche vraiment pour l'air intérieur
Les leviers efficaces, eux, sont connus et documentés :
- Aérer 10 minutes matin et soir, toute l'année. C'est le geste le plus rentable pour évacuer les COV accumulés pendant la nuit et pendant la journée.
- Vérifier sa VMC (simple ou double flux). Une VMC encrassée ne sert à rien. Nettoyer les bouches d'extraction tous les 6 mois, changer les filtres d'une double flux tous les 12 à 24 mois.
- Éviter les sources évitables : bougies parfumées, désodorisants en spray, diffuseurs automatiques, peintures et vernis neufs (laisser aérer le meuble ou la pièce 15 jours après pose). Ces sources émettent bien plus que ce qu'une plante pourra jamais absorber.
- Un purificateur HEPA si vous habitez sur un grand axe routier ou en zone très polluée. Coût 200 à 500 €, efficacité prouvée sur les particules fines.
Gardez vos plantes, mais pour les bonnes raisons
Les plantes d'intérieur ont des bénéfices réels, mesurés, et qui n'ont pas besoin du mythe dépolluant pour tenir debout. Elles humidifient légèrement l'air par évapotranspiration, utile dans un appartement chauffé à 22 °C en hiver, où l'humidité tombe souvent sous 40 %.
Elles réduisent le stress perçu (plusieurs études observationnelles convergent sur une baisse de cortisol mesurable en présence de verdure). Elles structurent l'espace, adoucissent les angles, donnent un point d'ancrage visuel dans une pièce.
Bref, on garde ses monsteras et ses pothos, pas parce qu'ils sauvent nos poumons, mais parce qu'ils rendent la maison plus vivante. Ce qui est, en soi, une raison suffisante.