Attirer les coccinelles : 5 actions simples contre les pucerons

Une larve de coccinelle dévore jusqu'à 150 pucerons par jour. Plantes refuges, abris d'hivernage et gestes à éviter : tout pour qu'elles s'installent chez vous durablement.

Hugo Mercier

Par Hugo Mercier

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Une larve de coccinelle dévore jusqu'à 150 pucerons par jour, et une adulte environ 50. Dans un jardin équilibré, ces auxiliaires font le travail qu'on attendrait d'un insecticide, gratuitement et sans résidus. Encore faut-il qu'elles trouvent chez vous ce qu'elles cherchent : des plantes réservoirs, des abris pour l'hiver, et l'absence de produits qui les liquident au passage.

Cinq gestes suffisent pour transformer un jardin sans coccinelle en colonie active dès la deuxième saison. On y ajoute une alerte importante sur l'achat d'élevages commerciaux, souvent de l'espèce asiatique Harmonia axyridis, qui pose un problème écologique connu depuis vingt ans.

Larve de coccinelle noire et orange sur une feuille, grande dévoreuse de pucerons, auxiliaire précieux du jardin

La larve de coccinelle mange jusqu'à 150 pucerons par jour, bien plus qu'une adulte.

Photo Wolfgang Hasselmann / Unsplash

Distinguer larves et adultes

La larve ressemble à un petit crocodile noir moucheté d'orange, de 6 à 8 mm, visible sur le revers des feuilles. Les jardiniers la prennent souvent pour un parasite et la tuent par mégarde. C'est pourtant la forme la plus vorace : elle consomme trois fois plus de pucerons que l'adulte et reste sur la plante jusqu'à la nymphose.

L'adulte, le classique insecte rouge à 7 points (espèce Coccinella septempunctata), pond 10 à 20 œufs jaunes orangés sous les feuilles, près des colonies de pucerons. Une femelle pond ainsi jusqu'à 1 000 œufs dans sa vie. Cinq minutes d'observation suffisent à repérer l'un des trois stades sur n'importe quel jeune pousse infestée.

Planter pour les nourrir

Les coccinelles ont besoin de colonies de pucerons pour se reproduire. Semer quelques plantes-pièges à pucerons crée volontairement ces colonies, réparties loin des légumes sensibles. C'est un levier très simple, documenté par l'INRAE Ephytia sur les auxiliaires du jardin.

  • Capucine (Tropaeolum majus) : piège à pucerons noirs par excellence. À planter en bordure de potager, jamais au cœur.
  • Bourrache (Borago officinalis) : nectar abondant pour les adultes, attire aussi syrphes et chrysopes.
  • Anémone du Japon : floraison tardive qui nourrit les dernières générations avant l'hiver.
  • Millepertuis (Hypericum perforatum) : réservoir végétal apprécié des coccinelles, rustique et très robuste.
  • Carotte sauvage et fenouil : ombelles très attractives, fournissent pollen et nectar aux adultes.
  • Achillée milléfeuille : complément idéal, aussi utile contre les pucerons au jardin et appréciée des syrphes.

Héberger pour l'hiver

Les coccinelles adultes hivernent en groupes, dans des anfractuosités abritées du gel. Un jardin trop propre ne laisse aucune cachette : elles partent ailleurs, voire meurent. Laisser quelques zones « sauvages » est le complément indispensable aux plantes-refuges.

  • Tas de feuilles mortes sous une haie ou le long d'un mur nord. Ne pas évacuer avant avril.
  • Tiges creuses (fenouils, carottes montées, tournesols séchés) laissées debout tout l'hiver. Elles servent aussi aux abeilles solitaires.
  • Écorces de pin ou de platane empilées dans un coin à l'abri. Refuge naturel reconstitué.
  • Hôtels à insectes exposés plein sud, à 1 m du sol, au sec. Privilégiez les modèles compartimentés en bois brut, les versions décoratives en bambou sont moins efficaces.

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Inviter des coccinelles ne tient que si on arrête les gestes qui les éliminent. La liste est courte mais stricte.

  • Insecticides, même présentés comme « bio » : la plupart (pyréthrines naturelles, spinosad) tuent aussi les coccinelles et larves. L'ANSES rappelle qu'un produit homologué contre les pucerons frappe presque toujours les auxiliaires.
  • Nettoyage trop zélé en automne : évacuer toutes les feuilles mortes, rabattre toutes les vivaces en octobre, c'est jeter la future génération de coccinelles.
  • Acheter des coccinelles élevées en laboratoire sans vérifier l'espèce : beaucoup de kits vendus en jardinerie sont des Harmonia axyridis (voir section suivante).
  • Traiter avant d'observer : laisser 8 à 10 jours aux auxiliaires résoudre le problème. Dans 7 cas sur 10, la colonie de pucerons s'effondre seule.

Attention à la coccinelle asiatique

La coccinelle asiatique, Harmonia axyridis, a été introduite en Europe dans les années 1990 comme agent de lutte biologique. Elle s'est échappée des serres, s'est naturalisée, et supplante progressivement les coccinelles natives : elle pond plus, dévore les œufs des autres espèces, et héberge un parasite qui décime Coccinella septempunctata.

On la reconnaît à sa taille supérieure (6 à 8 mm contre 5 à 7 pour la native), à la tache noire en forme de M sur le pronotum, et à sa couleur très variable (rouge, orange, jaune, avec 0 à 21 points). Ne l'importez jamais : les fiches du portail Office français de la biodiversité sur les espèces envahissantes sont explicites. Favorisez plutôt les coccinelles locales en suivant les cinq gestes précédents, cela reste la stratégie la plus durable contre les pucerons.