Capucine : fleur comestible, plante-piège à pucerons du potager

Fiche complète de la capucine (Tropaeolum majus, minus, peregrinum) : annuelle comestible au goût poivré, plante-piège à pucerons au potager, semis direct avril-mai, terrain pauvre, auto-semis abondant.

Hugo Mercier

Par Hugo Mercier

Nous suivre sur Google

La capucine (Tropaeolum majus) est l'une des rares fleurs à cocher trois cases d'un coup : décorative, comestible et utile au potager. Originaire des Andes (du Pérou à la Colombie), le genre Tropaeolum compte une centaine d'espèces référencées sur POWO pour Tropaeolum majus. Ses fleurs et feuilles ont un goût poivré proche du cresson (la famille Tropaeolaceae est cousine des Brassicacées), et sa présence au potager attire les pucerons loin des légumes.

Cette fiche détaille les quatre espèces les plus cultivées, la règle d'or des sols pauvres, les associations qui marchent vraiment au potager, et pourquoi un sachet de graines à 1 € peut changer la tenue de votre coin tomates.

Carte d'identité de la Capucine

Nom scientifiqueTropaeolum majus (capucine classique)
Noms communsCapucine, cresson d'Inde, cresson du Mexique
FamilleTropaeolacées (cousine des Brassicacées)
OrigineCordillère des Andes (Pérou, Bolivie, Colombie)
ExpositionPlein soleil idéal, tolère la mi-ombre légère
ArrosageModéré, régulièrement en pot, rarement en pleine terre établie
SolOrdinaire à pauvre, bien drainé, éviter les sols riches en azote
Hauteur30 cm (Tropaeolum minus) à 3 m (majus grimpante)
FloraisonJuin aux premières gelées
RusticitéGélive (annuelle), sauf Tropaeolum speciosum semi-rustique
ToxicitéNon toxique, fleurs et feuilles comestibles
DifficultéFacile, idéale pour débuter au potager avec les enfants
Fleurs oranges vives de Tropaeolum majus parmi des feuilles rondes peltees vert clair, vue à hauteur de plante

Tropaeolum majus en massif, feuilles rondes peltees typiques et fleurs en éperon, comestibles.

Photo Anthony Aird / Unsplash

En 3 points

  • Les fleurs et les feuilles sont comestibles, goût poivré, à parsemer en salade ou sur toasts.
  • Elle fonctionne comme plante-piège à pucerons : attire les colonies loin des tomates et rosiers voisins.
  • Elle exige un sol pauvre : un terrain trop riche fait tout pousser en feuilles, sans fleurs.

Quatre capucines au jardin

Sous le nom commun se cachent plusieurs espèces aux usages distincts :

  • Tropaeolum majus : la capucine classique, grimpante ou rampante selon variété. Fleurs rouge, orange, jaune, crème ('Empress of India', 'Alaska' à feuilles panachées). Chaînes de couleur sur une pergola ou sur un talus.
  • Tropaeolum minus : la capucine naine, 25 à 30 cm, compacte. Parfaite en pot, jardinière ou bordure de potager.
  • Tropaeolum peregrinum : la capucine des Canaries, grimpante vigoureuse (3-4 m en une saison), fleurs jaunes petites et découpées comme des petites langues. Elle grimpe aux treillages, palissades et clôtures.
  • Tropaeolum speciosum : la capucine écarlate, vivace semi-rustique (-5 à -10 °C), grimpante, fleurs rouges flamboyantes. Exige un sol frais et acide, mi-ombre. Rare et spectaculaire dans les jardins du nord-ouest.

Pour un potager mellifère et utile, Tropaeolum majus ou minus suffisent largement. Tropaeolum peregrinum et speciosum sont des curiosités de collectionneurs, à réserver aux jardins plus avancés.

Semer et installer la capucine

La capucine se sème toujours en place, en avril-mai quand le sol a atteint 12 à 15 °C. Semer en poquets de 3 graines distants de 30 cm (naines) à 50 cm (grimpantes), à 2 cm de profondeur. Arroser copieusement pour plomber, puis garder humide jusqu'à la levée (7-14 jours selon température). Éclaircir à 1 plant par poquet.

Pour une floraison plus précoce, on peut semer en godet sous abri à partir de fin mars, à 15-18 °C. La capucine supporte très mal le repiquage si la motte est abimée, utiliser des godets biodégradables (godet tourbe) qu'on enfonce directement en pleine terre mi-mai. Consulter notre calendrier des plantations de juin pour les semis tardifs encore possibles.

Sol, exposition, arrosage

Règle d'or, trop souvent ignorée : la capucine déteste les sols riches. Sur un terrain enrichi au compost ou au fumier, elle produit des feuilles énormes, plus grandes qu'une tasse, et quasiment aucune fleur. Sur un sol pauvre, ingrat, caillouteux ou sableux, c'est l'inverse : tapis de fleurs continu. L'expérience est facile à faire : planter la moitié d'un sachet dans un massif amendé, l'autre moitié dans un coin délaissé, et comparer en juillet.

Exposition : plein soleil idéal, 6 heures de direct minimum pour une floraison fournie. Elle tolère la mi-ombre légère mais fleurit moins. Arrosage : modéré, au pied, le matin. En pleine terre installée, elle se débrouille seule après les deux premières semaines. En pot, arroser dès que le terreau sèche en surface, sans détremper.

Associer au potager : l'effet plante-piège

C'est l'usage star de la capucine. Les pucerons la préfèrent aux tomates, aux rosiers et aux courgettes. Planter 3 à 5 pieds de capucine autour d'un carré de tomates concentre les colonies sur la capucine, qu'on peut alors couper et brûler, en emportant les parasites. Le reste du potager reste sain. Cette stratégie est documentée par l'INRAE dans ses travaux sur les plantes-pièges au potager.

La capucine est aussi utilisée en couvre-sol temporaire : ses grandes feuilles rondes (peltees) tapissent le sol, limitent l'évaporation et freinent les adventices. Le paillage végétal vivant revient gratuit en contrepartie d'un simple sachet de graines. Pour d'autres associations utiles, notre article sur les 5 stratégies naturelles contre les pucerons détaille les autres plantes compagnes.

Cuisiner les fleurs et les feuilles

Tout est comestible, sauf les graines non mûres que certaines personnes trouvent trop piquantes. Le goût, proche du cresson, est dû aux glucosinolates, composés soufrés aussi présents dans la moutarde et le wasabi. Quelques usages :

  • Fleurs en salade : une dizaine par saladier, pour la couleur et la note poivrée.
  • Feuilles ciselées dans un beurre composé avec un peu d'ail et de jus de citron.
  • Graines encore vertes marinées dans le vinaigre, succédané des câpres (vieille recette rurale).
  • Pesto aux feuilles de capucine (moitié basilic, moitié capucine), servi sur des pâtes ou en tartinade.

Tela Botanica documente l'usage alimentaire historique de Tropaeolum majus en France dès le XVIIᵉ siècle, ce qu'on peut vérifier dans le référentiel Tela Botanica de Tropaeolum majus. Comme pour toute plante sauvage ou de jardin, vérifier l'absence de traitement phytosanitaire (et ne jamais consommer de capucine d'un massif municipal).

Questions fréquentes

La capucine est-elle vraiment comestible ?
Oui, fleurs, feuilles et graines (vertes marinées, mûres en poudre) sont comestibles et non toxiques. Le goût poivré vient des glucosinolates, les mêmes composés que dans la moutarde et le cresson. Usage en salade, toast, beurre composé, pesto. Vérifier l'absence de traitement sur les plants consommés.
Comment la capucine protège-t-elle les tomates du potager ?
Elle fonctionne comme plante-piège : les pucerons la préfèrent aux tomates, aux rosiers et aux courgettes, et s'y concentrent. On inspecte ensuite les capucines régulièrement et on coupe les tiges très colonisées (à brûler, pas à composter). La culture voisine reste saine. Effet documenté par l'INRAE dans ses travaux sur les plantes-pièges.
Pourquoi ma capucine ne fleurit-elle pas ?
Dans 95 % des cas, le sol est trop riche. L'azote en excès fait pousser les feuilles (énormes, vertes) au détriment des fleurs. Solution : arrêter tout apport de compost ou d'engrais, déplacer l'année suivante dans un coin moins travaillé, ajouter un peu de sable grossier pour alléger. L'exposition insuffisante (moins de 5 h de soleil direct) est la deuxième cause.
Tropaeolum majus et speciosum : quelle différence ?
Tropaeolum majus est l'annuelle classique, gélive, fleurs oranges-jaunes-rouges, comestible, très courante. Tropaeolum speciosum est une vivace grimpante semi-rustique (-5 °C), feuilles plus découpées, fleurs écarlates en trompette, exige un sol frais et acide, une mi-ombre et un climat océanique (Bretagne, Île-de-France humide). Rare en jardinerie.